mardi 12 avril 2011

Music in a foreign language




-       Qu’est-ce que t’aimes chez lui ?

Trois jours plus tard—trois ? vendredi, samedi, dimanche, lundi, mardi : 5. 
Cinq jours plus tard, je pourrai lui répondre :

J’aime qu’il soit l’un des premiers hommes depuis très longtemps, davantage intéressé par ce qu’il nous serait possible de faire à deux et de partager, que par lui. J’aime sa prise de risque face à moi. Sa mise à nu, de manière assurée, délibérée, voulue, pesée, connue, mesurée, assumée.
J’aime qu’il me suive, qu’il propose, qu’il me regarde, sourie, et ait également envie, quand les autres attendent, finissent par accepter ce qui leur est offert sur un plateau. J’aime qu’il soit un homme face à moi, qu’il prenne les choses en main, me laisse proposer, jamais quémander, jamais supplier avec, chaque fois, moins d’envie et de conviction, un début de distance, voire de mépris, et surtout, de la tristesse.
J’aime qu’il m’ouvre son univers de manière simple, et qu’il soit comme moi, rassuré de voir que je m’y meus de manière indépendante, et n’ai besoin de lui que pour le plaisir. Pas pour la survie.
J’aime qu’il me mente pour m’encourager, et me regarde avec une sorte de bienveillance amoureuse et émerveillée qui me pousse à aller plus loin dans le partage, qui finit par en devenir un, même s’il ne voit pas ce que je vois. Mais à force de m’en entendre parler, moi la trompée, la croyante, le miracle opère, et le monde est transformé.
J’aime simplement l’émotion qui me porte depuis, la force qui circule en moi, l’envie, la confiance, la sérénité enthousiaste qui coule en mon âme, et me fait rire le soir, lorsque mes freins réveillent les voisins, et que mon vélo se fait cheval.




mardi 5 avril 2011

Prendre le monde, faire comme s'il était plat.
Plat, mais vraiment.
Plat, dans le genre plus plat que moi t'existe pas.
Une seule dimension, donc.
Et tout d'un coup, on regarde un arbre, un tronc, et on se rend compte qu'oH!-MoN!-DIeU!!
Mais il est ROND!!
Il est rond, il est cylindrique! il prend forme dans l'espace, il existe de manière volumineuse (et pour la première fois ce mot ainsi m'apparaît) de manière volumineuse, donc, devant moi.

Et soudain je regarde au-dessus de ce tronc, là même où sont les branches, encore fines, tortueuses et nues de l'hiver, où fleuronne à peine l'espoir d'un bourgeon, une lueur jaune ou verte qu'on n'aurait pas osé esquisser, comme un mouvement inscrit dans l'air et non fermé, non accompli, quelque chose de l'ordre du rêve, du sentiment, que l'on devine pourtant.
Et soudain, merveille!
On en distingue par dizaines.
Tous sont là, alignés, parallèles, en droites verticales et perpendiculaires, tous autant qu'ils sont semblables et devant moi dressés, tous défilant devant mes yeux extasiés, et je découvre enfin ma capacité à me mouvoir en leur sein, je vis, j'existe, et puis parmi eux évoluer, passer l'un, puis l'autre, aller vers le suivant, et chaque nouveau pas est une découverte, ombres chinoises se découpant contre le ciel, dentelle de nervures et d'arborlescences, gravures japonaises d'encre se révélant en pleine lumière, changeantes et à l'infini répétées, et nous pourrons en faire le tour, mon amour, puisque la terre est ronde, rêve éveillé.






mardi 29 mars 2011

Cette nuit, dans un demi-sommeil, je vis la photo en noir et blanc de la belle Alyne, de dos, en robe et à vélo, sous la pluie, protégée de la main droite par un parapluie, et tenant dans la gauche un fromage.


On n'y est pas encore, quoi. 

vendredi 25 mars 2011

well i'd find me the longest, sharpest knife I could and'd stick it straight into my heart

I'd do that.

Fébrile, tourmentée.

Soudain heureuse, soudain apeurée. L'envie de pleurer n'est pas loin, mais je ne laisserai pas faire les larmes, pas aujourd'hui, pas cette fois, elles sont illusions en ce soleil, elles le sont, je le sais, même si ma peau, mes nerfs, mon coeur voudraient me faire croire autrement. Mais seul mon cerveau, et bizarrement, détient l'ultime raison. A lui je m'en remets. Il connaît par hasard les brèves et les longues, le charme et le rompu, ce qui fait des bourgeons un spectacle attendu, une extase, une ivresse, un besoin advenu.

Je m'en remets à lui.

Et plonge doucement dans l'oubli. Chaud, et onctueux. Celui qui me bercera. Jusqu'aux bras de la fin de cette semaine.




Mes aimées, mes fidèles, mes présentes, je vous aime. 

jeudi 24 mars 2011

Dans le port de Hambourg- rêve du 23 mars 2011





Les grues montaient, montaient, se démultipliaient à une vitesse prodigieuse, vertigineuse, et je tombais, par vagues violentes, successives et saccadées, à la mesure de la montée des grues, de leur changement de couleur, et les sons métalliques frappaient autour de moi, ma voix dédoublée, celles des filles lointaines, mais proches; mes aimées, mes douloureuses, mes inquiètes, mes présentes à mon chevet comme je ne contrôllais plus mon corps, mon corps qui flottait autre part, qui n'était presque plus mien, seule ma tête, solide, présente, de laquelle découlaient ces rêves.








Je viens de la Rue du Bac

"Je suis 100% kurde, je suis 100% parisien, et je suis 100% rien du tout, je viens du ventre de ma mère, je suis là pour une courte période de temps, je ne sais pas combien, et le cinéma est ce qui m'emmerde le moins."





Hiner Saleem sur France Culture, le 23 mars 2011, jour de la mort d'Elisabeth Taylor, que l'on n'apprendrait que par après. 

mardi 11 janvier 2011

Rêverie du soir espoir- Gokarna





Quel jour sommes-nous?
Le 29. Je le sais car mon portable a marché tout à l'heure quand nous étions dans la ville de Gokarna, charmante bourgade malheureusement mangée par les boutiques pour touristes hippies qui par leurs couleurs criardes et leur côté clinquant attirent le regard et font oublier les façades vêtustes et somptueusement salies des temples, des habitations délabrées.
Je sais aussi que nous sommes mercredi car j'ai pris ma pilule ce matin.





Nous sommes arrivés hier matin, après une journée dans les bus. Tuk tuk de Sera Jey à Kushal Nagar, bus jusqu'à Hassan car les routes étaient bloquées pour travaux, puis dans la foulée jusqu'à Mangalore, grosse ville dans laquelle nous renouons avec le bruit et la pollution.
Nous passons la nuit dans une enième lodge qui nous promet une eau chaude qui n'existe pas, mais qu'importe.

Le soir, il ne fait pas chaud et la serviette vient parfois à manquer.

Nous mangeons au KFC pour goûter, et se remplir un peu l'estomac d'autre chose que les trois pommes sans saveur avalées dans le bus. Ce n'est pas la saison des mangues.

Réveil à 5h du matin pour attraper le train à 10 min à pied. Les pélerins sont déjà réunis autour et dans le temple qui fait tinter la cloche de la prière.
Le train est un ravissement, une sorte de sous marin nucléaire alignant des rangées de ventilateurs rouillés, nous avons une place à la fenêtre grillagée, pour éviter les vols à la tir du démarrage poussif. Le volet est mal fixé et de temps en temps, presque régulièrement, tombe comme un couperet.





Petit à petit, le wagon se remplit, nous sommes les seuls blancs.
Les vendeurs de tchai et de café défilent, le vent nous décoiffe et le paysage est sublime.
Des écoliers attendent le long des passages à niveaux, des hommes se brossent les dents, d'autres posent des briques rouges sur de futures demeures, les vaches paraissent, les barques des pêcheurs s'éloignent sur les rivières, des femmes battent leur linge coloré.




Nous arrivons dans ce paysage paradisiaque et irréel qui me rappelle que le bouquin "La Plage" serait à relire.
Les couples mangent de la pizza et me polluent par leur musique, c'est jonché de blancs, de yogistes et de gens souriants.
On se dit "Namaste" entre européens, il y a des salades et de la soupe, une mer à température parfaite, la jungle, des cases de terre couleur argile, une douche à ciel ouvert dont le robinet explose pour laisser jaillir une eau rafraîchissante et claire, de quoi poser un hamac, de petites fioles de vodka, rhum et whisky à mélanger au pineapple juice pressé, achetées comme au noir dans un bar glauque à l'ambiance suffocante et moscovite.
Sur la plage, pas un moteur, pas un klaxon, mais le roulement des vagues, derrière les temples, des familles en pélerinage qui vous accueillent comme dieux tombés du ciel pour venir partager leur repas, cuits dans d'énormes marmites au feu de bois en bord de falaise, du riz, du curry aux légumes, du curd salé, de la coco sur feuille de bananier.
Des indiens nous proposent de l'acide et on se demande dans quel coin trouver un peu de répit de la foule, mais il fait extrêmement bon vivre, que c'en est un cliché.



Quelques touristes moins touristes que nous, drôles, particuliers et vraiment sympathiques, la fatigue à la tombée de la nuit, pas d'angoisse, du plaisir et la douceur de vivre.
Croisé un cobra, puis sa mue, impressionnante et longue.
Le matin nous marchons en équilibre sur les rizières non cultivées pour atteindre la plage, et le café-pizzeria où nous prenons tous nos repas et d'où j'écris ce soir.
Les vieux sourient, le visage empreint d'une infinie bonté, lorsque nous leur donnons dix roupies.
Ici pas de mot pour dire merci, la gratitude se transmet par les yeux, et je ne peux m'empêcher de le faire à la marocaine, la main portée plusieurs fois au coeur.
Car ils sont véritablement très généreux. Les femmes portent des saris, et tous les blancs des vêtements pseudo hippies, qui doivent donner de nous une curieuse image.
Un couple semble s'emmerder à cent sous de l'heure et n'avoir strictement rien à se dire.
Ne pas, ne jamais en arriver là.
Beaucoup de personnes âgées également, parfois des soixantenaires à la limite des moines, ou des femmes aux cheveux teints au henné, tatouées, bandeau sur le front, pantalon large flottant.
Je pense qu'il ne faut pas prendre de photos de cet endroit, le réduire à un cadre, mais tenter de le saisir autrement.
Le sentiment si fort le jour du départ, de ne pas avoir envie de laisser mon lit, de quitter tout cela, de partir dans cette nuit froide et glaciale pour aller retrouver Chandra, Chandra, pas vu depuis deux ans, qui n'a quand même pas la vie la plus marrante.
Je suis putain de pas à plaindre et je me la coule quand même sacrément douce.
J'aurais pu me réveiller à quatre ans, et voir mes parents me décreter moine bouddhiste.
Toi, ma poulette, je vais t'envoyer dans un monastère et tu vas apprendre des textes par coeur pour les vingt-cinq années à venir.



Pas de femme, pas de clopes, pas de musique, pas d'alcool.
Entre deux pujas, t'iras débattre dans la cour, en tapant une paume sur l'autre pour lancer ta question, telle une flèche de sagesse à ton voisin. Puis, s'il répond à côté de la plaque, tu dessineras dans l'air au dessus de sa tête une sorte de vague signe international du doughnut, pour exprimer la honte.